notre histoire de Saint Nicolas

notre  histoire de Saint Nicolas

J’ai connu deux grands amours, et je garde le bonheur de les avoir connus.

Le cœur ne ferme jamais ses portes : il laisse l’amour entrer, sortir, revenir.

Parfois, c’est une tempête, parfois un champ de bataille… 

La hache est parfois bien ingrate avec l'arbre qui lui a prêté le manche.

Mais au milieu de tout cela, il reste des trésors : de jolis souvenirs, comme cette histoire vécue de Saint Nicolas que vais vous conter. 

C'était en 1997 ...

 

Il était une fois, dans un petit coin de Flandre Occidentale, une maison qui savait encore écouter les pas de Saint Nicolas sur les toits.

Chaque début de décembre, quand les vitrines s’illuminaient, que les rues sentaient le chocolat chaud, les crêpes, les gaufres, les châtaignes et les mandarines, notre maison se remplissait d’une attente très particulière : celle du 6 décembre, le jour où Saint Nicolas vient visiter les enfants sages.

Dans cette maison vivaient papa Jan, maman Fabienne, et deux enfants au regard curieux : Alexander, le chevalier de sa maman et aux mille questions, et Bérengère, la petite fée au rire de clochette qui observait le chef de la maison... non pas son papa, mais sa maman ! 

Maman Fabienne, souvent fatiguée par une maladie capricieuse, passait beaucoup de temps dans son grand lit, elle était passionnée par l'histoire des Rois de France, aimant voyager et les amitiés solides ... mais avant tout son sourire éclairait la maison plus sûrement qu’un feu de cheminée. Papa Jan, lui, était un peu aventurier, un peu photographe, un peu bricoleur, un peu informaticien, un peu philosophe, sa fille pensait "agent secret peut-être", on ne savait pas trop où menaient ses histoires sans chute, mais c’était un rien de tout et professionnel chocolatier, surtout à l’approche de la Saint Nicolas.

Nous voici donc ...

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en l’An 1997 - l’épreuve du doute

 

Un soir de début décembre 1997, Bérengère et Alexander – respectivement six et sept ans - rentrèrent de l’école avec un air sérieux, beaucoup trop sérieux pour des enfants de leur âge.

— Papa… À l’école, ils disent que Saint Nicolas n’existe pas, lança Alexander.

— Ils disent que ce sont les parents qui font les cadeaux, ajouta Bérengère en fronçant le nez.

Papa Jan posa sa tasse, les regarda longuement, et un petit éclair malicieux passa dans ses yeux.

— Ah bon… c’est ce qu’ils disent, à l’école ? Eh bien, nous allons vérifier, dit-il d’une voix grave comme s’il parlait d’une expérience très scientifique.

— Comment ? demanda Alexander.

— C’est très simple. Cette nuit, nous allons faire comme chaque année. Nous préparerons un verre de bière pour Pierrot, des carottes pour l’âne de Saint Nicolas, et nous déposerons vos petits souliers au pied de la porte d'entrée.

S’il y a des jouets demain matin, c’est qu’il existe.

S’il n’y a rien… alors vous aurez peut-être raison.

Les yeux d’Alexander et de Bérengère s’arrondirent. Une expérience ! Une vraie !

On aurait dit des explorateurs à la veille d’une grande expédition.

Le soir venu, tout devint rituel.

On plaça soigneusement les souliers devant la porte.

Papa Jan choisit une petite bouteille de bière bien dorée.

Bérengère déposa les carottes comme on offre un trésor à un roi.

Alexander vérifia trois fois que tout était bien en place.

— Voilà, déclara papa Jan. Maintenant, il n’y a plus qu’à dormir. Les miracles n’aiment pas qu’on les regarde travailler.

La maison s’assombrit, le silence s’installa.

Mais, si vous aviez tendu l’oreille très fort, vous auriez peut être entendu, quelque part sur les toits entre Bruges et Bizet, le léger froissement d’une cape, le tintement discret d’une clochette, le souffle d’un vieil âne qui connaît toutes les rues par cœur.

Au matin, Alexander fut le premier à se lever. Il dévale l’escalier en courant, suivi de près par Bérengère. Papa Jan les rejoignit, le cœur battant lui aussi un peu plus vite qu’à l’ordinaire.

Dans le salon, un spectacle les attendait.

Les souliers n’étaient plus vides.

Des jouets, des friandises, quelques chocolats en forme de Saint Nicolas les remplissaient à ras bord.

La carotte avait été croquée.

Et la petite bouteille de bière… était vide.

— Alors ? demanda doucement papa Jan.

Alexander ouvrit de grands yeux.

— Il est venu…

— Il est vraiment venu ! s’écria Bérengère en sautant sur place.

À cet instant précis, il n’y avait plus de doute, plus de rumeur d’école, plus de « on dit ».

Il n’y avait que deux enfants heureux, des parents soulagés, et quelque part, très loin ou tout près, un vieux saint qui souriait sous sa longue barbe blanche.

Cette année-là, la magie avait gagné.

Mais cinquante-deux semaines plus tard ...

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en l’An 1998 - le secret des grands

 


 

 

Mais voyez-vous, les enfants grandissent.

Et quand les enfants grandissent, les questions grandissent aussi.

L’année suivante, à l’approche de la Saint Nicolas, Alexander et Bérengère avaient une année de plus. Une année de plus dans la tête, dans les jambes, et dans les raisonnements un peu trop logiques.

Un midi, alors que j’étais à table avec eux, la maison baignée d’une lumière tranquille et leur maman reposant dans la chambre, la conversation prit une tournure inattendue.

Alexander posa sa fourchette.

— Papa, cette fois c’est sûr. Saint Nicolas n’existe pas.

Bérengère approuva d’un petit hochement de tête sérieux :

— À l’école, ils nous l’ont bien confirmé. Ce sont les parents.

Papa Jan sentit son cœur se serrer un peu.

Ce n’était pas seulement la fin d’un mythe ; c’était un petit morceau d’enfance qui fermait doucement la porte.

Il lança un regard vers la chambre où maman Fabienne se reposait, puis regarda leurs deux enfants, déjà un peu grands, mais encore tellement petits.

Alors, une idée lui vint. Une idée belle et fragile, comme ces bulles de savon qui montent dans l’air sans éclater tout de suite.

Il inspira profondément et dit :

— D’accord… j’avoue. Vous avez raison. Saint Nicolas n’existe pas vraiment comme vous l’imaginiez.

Ce sont bien les parents qui préparent les cadeaux.

Les enfants se redressèrent. Ils avaient gagné. Ils étaient grands. Ils savaient.

Mais avant qu’ils n’aient le temps de se réjouir de cette victoire d’adultes en devenir, papa Jan ajouta, avec un sourire mystérieux :

— Mais… il y a quelque chose que je vous demande. C’est très important.

— Quoi ? demandèrent-ils en chœur.

— Je ne veux pas que vous le disiez à votre maman.

Ils froncèrent les sourcils.

— Pourquoi ? demanda Bérengère.

Papa Jan se pencha un peu vers eux, comme pour confier un trésor:

— Parce qu’elle… ne le sait toujours pas.

Un silence tomba sur la table.

Pas un silence lourd, non.

Un silence magique.

Les yeux d’ Alexander et de Bérengère se mirent à pétiller.

D’un coup, tout changea.

La vérité n’était plus une arme pour casser la magie.

Elle devenait un secret pour la protéger.

— Tu veux dire…, osa Alexander, que pour Maman, Saint Nicolas existe encore ?

— Exactement, répondit papa Jan. Tu sais, les grands aussi ont besoin de croire à quelque chose de beau.

Quand Maman sourit en voyant vos chaussures au pied de la cheminée de la porte, quand elle imagine le vieux saint caresser vos cheveux pendant que vous dormez… eh bien, à ce moment-là, elle a un peu moins mal, elle est un peu moins fatiguée.

Alors, si vous êtes d’accord, on va garder le secret. Pour elle. On va jouer le jeu, tous ensemble.

Bérengère posa sa petite main sur celle de son papa.

— D’accord. Je serai gardienne du secret de Saint Nicolas, dit-elle avec un sérieux de fée.

— Moi aussi, ajouta Alexander. Promis, je ne dirai rien.

Ce jour-là, quelque chose bascula.

Les enfants ne croyaient plus comme « avant ».

Ils croyaient autrement.

Ils devinrent, sans le savoir, les apprentis du vieux saint : ceux qui savent, mais qui protègent la magie pour ceux qui en ont encore besoin.

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Et les années passèrent…

Les années suivantes, la maison continua de vivre au rythme de la Saint Nicolas.

On préparait toujours le verre de bière pour Pierrot.

On déposait toujours les carottes pour l’âne.

Les souliers continuaient de se remplir dans la nuit.

Sauf que maintenant, il y avait quelque chose de plus.

Quand papa Jan préparait les jouets, parfois avec l’aide discrète d’ Alexander ou de Bérengère, ils chuchotaient, ils riaient, ils ajustaient un ruban, un emballage.

Quand maman Fabienne, depuis son lit, entendait les petits pas fébriles dans le couloir au matin, son sourire arrivait avant même que les enfants n’entrent dans la chambre pour tout lui raconter.

Et chaque année, à l’approche du 6 décembre, papa et maman se rappelaient cette fameuse phrase autour de la table. Ils en riaient de bon cœur, comme on rit d’une vieille histoire qui ne vieillit jamais :

— « Saint Nicolas n’existe pas… mais ne le dites surtout pas à Maman, elle ne le sait toujours pas. »

C’était devenu leur mot de passe, leur clin d’œil secret, leur sortilège contre le temps qui passe.

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Pour ceux qui écoutent cette histoire aujourd’hui

Aujourd’hui, Alexander et Bérengère sont devenus de jeunes adultes.

Ils marchent dans le monde avec leurs propres questions, leurs projets, leurs vies à construire.

Mais quelque part, au fond d’eux, il reste ce petit garçon et cette petite fille qui, un matin de décembre, ont découvert des jouets au pied de la cheminée et une petite bouteille de bière vide.

Et plus tard, ont découvert qu’on peut connaître la vérité… sans renoncer à la magie.

Alors, quand cette histoire est racontée aux grands parents, aux amis, aux petits enfants qui écoutent avec de grands yeux, on peut conclure ainsi :

Saint Nicolas existe de bien des façons.

Il existe dans les parents qui se lèvent tard pour remplir des souliers en essayant de ne pas faire craquer le plancher.

Il existe dans les enfants qui acceptent de garder un secret pour protéger le sourire d’une maman.

Il existe dans les rires qu’on partage, années après années, en se rappelant cette scène autour de la table.

Et tant qu’il y aura, quelque part à Gembloux ou ailleurs, une maison où, la nuit du 5 au 6 décembre, on déposera un verre de bière pour Pierrot, des carottes pour un vieux âne fidèle, et des petits souliers pleins d’espoir…

Tant qu’il y aura des enfants qui rêvent, des parents qui préparent, des grands parents qui se souviennent…

Alors oui, Saint Nicolas existera.

Peut-être pas tout à fait comme dans les livres d’images…

Mais dans ce qu’il y a de plus précieux au monde :

les liens entre ceux qui s’aiment.

Et si un jour quelqu’un vous dit avec beaucoup de sérieux :

« Saint Nicolas n’existe pas »…

Vous pourrez sourire et répondre, en pensant à cette histoire :

— Peut être bien… mais surtout, ne le dites pas à ceux qui en ont encore besoin. Eux, ils ne le savent toujours pas.

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an De Weerd : Un homme de voyages, de dévouement et d’amour

Jan De Weerd est un homme dont la vie a été marquée par l’aventure, l’engagement et une profonde humanité. Né le 9 mai 1958 à Astrida, au Rwanda, il a parcouru le monde, dédié sa carrière à l’aide humanitaire et consacré son existence à soutenir ceux qui en avaient le plus besoin.

Mais au-delà de ses voyages et de son travail, c’est surtout dans l’amour et le soin qu’il a apportés à son épouse atteinte de sclérose en plaques que s’exprime la grandeur de son engagement. Pendant des années, avec une tendresse infinie, il a veillé sur elle, repoussant les limites du possible pour prolonger sa vie et lui offrir chaque jour une raison de sourire. Avec ses enfants, il a su lui donner plus de dix années supplémentaires de bonheur, malgré la maladie et les épreuves.

Aujourd’hui, après cette épreuve, la vie lui tend à nouveau la main. Il a eu la chance de croiser le chemin de Véronique, une femme avec qui il aspire à écrire un nouveau chapitre, dans la complicité et la tendresse. L’amour ne s’éteint jamais, il se transforme et renaît, et Jan, avec son cœur généreux et son âme fidèle, est prêt à construire un avenir empreint de partage et de bonheur.